Entretien avec Clement Depres

Clement Depres sous le maillot ruthénois

Nombreuses sont les carrières de footballeurs professionnels exceptionnelles, mais celle de Clément Deprès en est une remarquable. A la veille de la rencontre opposant le Rodez Aveyron Football et Valenciennes (0-0) lors de la 23e journée de Ligue 2 BKT, l’attaquant du club aveyronnais nous raconte le déroulé de sa carrière, sa blessure et sa seconde vie. 


Décrit comme un homme avenant et chaleureux par les personnes qui l’ont côtoyé, ce Nîmois pur souche grandira et évoluera dans ce bassin géographique pendant près de 27 ans. D’un point de vue scolaire, il passera par un sport études au collège Maintenon à Sommières avant de passer un bac STG en 2012. Ses études supérieures débuteront à la FAC de Montpellier où il reste 2 ans avant que le football ne prenne le dessus. A ce jour, il possède un DUGOS ( Diplôme Universitaire Gestionnaire d’Organisations Sportives ), secondé par un BAC+2 dans l’entreprenariat qu’il est en train de passer avec l’école de commerce lyonnaise. Sur le point sportif, son histoire avec le Nîmes Olympiques débutera en 2010 lorsqu’il intégrera les crocos U17 Nationaux. Il y réalisera toutes ses gammes avant de signer son premier contrat professionnel en 2015, en même temps que deux de ses amis, Théo Valls et Antonin Bobichon, qui évoluent aujourd’hui au Servette FC (Suisse) et à l’As Nancy-Lorraine. Clément Deprès traversera donc ce fameux pont séparant le monde amateur et professionnel à l’âge de 21 ans. Selon lui, seule la notion de plaisir les différencie. « Pour moi, ce qui change dans le football professionnel ou dans le haut niveau car en U17, U19 Nat ou en CFA2 on est dans le haut niveau, c’est cette notion de plaisir qui est un peu moins présente car on a davantage l’aspect compétition en tête ». Il reste tout de même nostalgique de ces premières années de football et tous ces moments passés, des tournois le week-end avec sa bande de potes et manger ce fameux « saucisse-frites » entre 2 matchs. « C’est vrai….l’un de mes meilleurs souvenirs c’est partir en tournoi en Corse avec l’équipe U15, c’était juste extraordinaire. C’est le football que j’aime, j’adore ce principe de jouer sans se prendre la tête ». 


Il tentera d’y rester quelques années, à travers le coaching des plus jeunes dans ses clubs formateurs gardois mais il sera rapidement contraint d’abandonner. Le football professionnel nécessite davantage de rigueur et de travail surtout lorsqu’on atteint l’élite du championnat français, comme Clément Deprès avec le Nîmes Olympique en 2018. Aujourd’hui au Rodez Aveyron Football, il nous explique sa semaine d’entraînement : « Du lundi au vendredi, c’est toujours la même chose, réveil musculaire avec en plus quelques petits exercices respiratoires. On part au centre d’entraînement pour 9h et pendant 45 minutes, on met la machine en route à travers plusieurs exercices préventifs pour éviter toute blessure. On enchaîne par une courte séance vidéo d’un quart d’heure généralement sur le match précédent ou celui qui arrive pour aller s’entraîner jusqu’à 12h / 12h30. Un jour sur deux, on le soutient par une deuxième partie en salle avec de la musculation. On finit par un repas tous ensemble avant d’être libre tous les après-midis ». Précisons qu’il double les entraînements une seule fois par semaine, généralement le mardi après-midi. « Le jour de match, à domicile, même routine au réveil. Au centre, on travaille les coups de pied arrêtés et on répète les gammes avec plusieurs jeux ludiques autour. On mange tous ensemble le midi avant de rentrer chez soi où là , pour ma part, c’est le moment de la sieste. On doit prendre une grosse collation 3h30 avant le match puis rendez-vous au stade à 17h. Donc là, c’est séance vidéo sur l’adversaire, causerie d’avant match et après on finit par l’échauffement pour un coup d’envoi à 19h ». 

Clement Depres sous le maillot nîmois en Ligue 1


Champion de National avec la Berrichonne de Châteauroux en 2017 et vice-champion de France en Ligue 2 avec le Nîmes Olympique l’année suivante, Clément Depres aura tout connu avec le club gardois. De la signature de son premier contrat professionnel à la montée en Ligue 1 sans oublier les multiples buts inscrits avec les crocos, il ne gardera que des merveilleux souvenirs. « Ce que je retiens de cette expérience, c’est de pouvoir vivre des émotions tellement fortes que sont la montée, le maintien la première année ou encore marquer un doublé aux Costières. Marquer un doublé aux Costières devant ma famille, mes amis et mes coachs, ça n’a pas de prix. Se dire que quand j’avais 5 ans, j’allais aux Costières, et que maintenant j’ai réussi à y marquer des buts, à vivre des moments incroyables comme la réception du PSG, la victoire contre l’OM ou le match de la montée contre le Gazelec Ajaccio. Tous ces moments extraordinaires, si je les avais passé dans un autre club, ça aurait été forcément différent ». A travers ses 14 matchs en Ligue 1, Memphis Depay est le joueur qui lui a donné la plus forte impression. « Revenir d’une telle blessure, la rupture des ligaments croisés du genou, la forme physique et ce niveau technique qu’il avait… ça m’a donné le vertige ! »



Malheureusement, le 28 janvier 2019, le soir de son premier doublé en Ligue 1 aux Costières contre le SCO d’Angers (3-1), Clément Depres va connaître une descente aux enfers très violente. Alors qu’il venait d’inscrire son premier doublé de la saison devant son public, il se blessera gravement (rupture du ligament croisé antérieur du genou gauche). Après une rechute le 1erseptembre 2020, qui l’éloignera des terrains pendant près de 2 ans, Clément Deprès a bien cru ne plus pouvoir un jour refouler une pelouse. « J’ai pensé plus d’une fois a arrêté le foot car je n’y arrivais plus. Mon genou n’allait pas mieux, j’étais malheureux de cette situation et ça me faisait beaucoup de mal de continuer à travailler dessus sachant que ça n’allait pas. C’est pour ça qu' aujourd’hui, je me rends davantage compte de la chance que j’ai d’être sur le terrain ». Mais, comme le disait le grand philosophe Nietzsche « ce qui ne me tue pas me rend plus fort ». C’est comme ça que l’on pourrait caractériser la vie de Clément Depres. Il nous a même confié être ressorti grandi de cette épreuve et il est désormais très fort mentalement en ayant pris 10 ans dans la tête en 2 ans de blessure. « Ressortir d’une épreuve aussi compliquée et longue à la fois, ne peut te faire revenir encore plus fort qu’avant mais cela nécessite un mental d’acier », nous disait-il. Ce caractère, il la forgé à travers des personnes comme sa famille, ses amis, ses coéquipiers mais aussi à travers le travail. L’apport de ses coéquipiers et le fait de les croiser tous les jours ont été très important durant sa convalescence. « Déjà que pour moi, cette période était très compliquée, si en plus j’avais été complètement mis à l’écart du groupe je ne sais pas si j’aurais réussi à m’en sortir ».


Une blessure est malheureuse, certes, mais aussi source de points positifs. Plus elle est longue, plus elle offre de temps libre pour se ressourcer mentalement. Elle permet souvent de passer davantage de temps avec sa famille ou de fonder des projets, chose qu’a fait Depres. Passionné par la vente et le contact avec les gens, Clément Depres fonde deux entreprises, le nîmois et le chauvin et en deviendra co-dirigeant. « Pour le nîmois, tout a commencé quand je me suis blessé. On a réfléchi avec des amis pour reprendre la marque d’un collègue qui s’est joint à nous par la suite », nous confiait-il. Située 39 rue Fresque à Nîmes, cette marque habille hommes, femmes et enfants. Créant une première collection pour les Férias un an avant le rachat par l’attaquant du Nîmes Olympique à cette époque, les objectifs attendus n’ont pas été atteint ce qui l’a davantage incité d’intégrer le projet de part sa notoriété. « On s’est donc lancé et ça a pris feu ! La marque a prospéré et derrière on a été contacté par une personne qui est devenue notre ami au fil du temps pour créer le même principe que « le nîmois » mais dans une version française. Le nom de la nouvelle entreprise nous est venu directement : « le chauvin ». Ce terme qui littérairement représente les personnes nationalistes, était parfait car le nîmois tout comme le français est très chauvin donc tout collait bien. Cette marque est différente car c’est du produit made in France, on essaye au maximum d’avoir une empreinte carbone faible et de créer des emplois ». 


La création de ces deux marques d’habits sont deux gros projets que Clément Deprès souhaite amener le plus loin possible au vu de tout le temps que cela lui a pris. La charge de travail nécessaire lui a permis de se vider la tête et de penser à autre chose que son genou. Aujourd’hui, tout va pour le mieux concernant sa condition physique même s'il travaille davantage sur ses cuisses lors des séances de musculations pour bien protéger ses genoux. 

Une des créations de l'entreprise "le nîmois"

Le 14 juin 2021, Clément Depres s’engage pour 3 ans avec les sang et or aveyronnais, club tout fraîchement promu en Ligue 2. Ce transfert est synonyme d’une nouvelle étape dans sa vie puisqu’il quitte pour la première fois son club formateur, où il était depuis 7 ans. En revanche, il n’oublie pas totalement sa vie gardoise puisqu’il reste tout de même supporter et se dit « content lorsque Nîmes gagne un match et n’est pas en position délicate ». Actuellement 10ème de Ligue 2 BKT, le RAF (Rodez Aveyron Football) vient d’enregistrer lors du dernier mercato d’hiver la signature de Jonathan Varane, demi-frère de Raphaël. Forcément, pour les plus grands amateurs de football, le rapprochement entre ce dernier et Enzo Zidane, titulaire indiscutable du onze ruthénois et fils de Zinédine, fait saliver. Clément Depres, lui, préfère en rigoler lorsqu’on lui demande son ressenti. « J’ai l’impression d’être au Real Madrid de Rodez… rires…C’est rigolo après dans le groupe, on fait abstraction de tout ce qui se passe dans notre dos et ce qu’il y a écrit. Notre nom nous appartient mais ne nous concerne pas, c’est un héritage qui ne change rien de la personne qu’on est ». Nombreux sont les joueurs qui aimeraient croiser Raphaël Varane et Zinédine Zidane dans leurs centres d’entraînements… 


Voici quelques questions pour mieux connaître le RAF tel que le perçoit Depres :

Quel est le joueur le plus technique de l’équipe ?  Enzo Zidane 

Quel est le joueur le plus chambreur ? Bradley Danger

Quel est le joueur le plus râleur ? Jordan Leborgne 

Quel est le joueur le plus drôle ? Il y avait Hugo Bonnet mais il est parti donc je dirais Bradley Danger 



Clément Depres fait partie des joueurs français ayant une histoire atypique. Formé dans le club professionnel de sa ville natale, il y vivra de très fortes émotions ternies par cette grave blessure qui l'éloigne des terrains pendant près de 2 ans. Revenu plus fort qu’avant après avoir broyé du noir à travers les multiples séances de rééducations, il peut être fier de ce qu’il a accompli et la rédaction du PJ lui dresse son respect. On ne le dit pas assez mais la santé est l’élément moteur dans la carrière d’un footballeur professionnel outre son niveau. On en prend davantage conscience lorsqu’on demande à l’attaquant de Rodez ce qu’on peut lui souhaiter à court et long terme : « Comme objectif à court terme, rester en bonne santé et à long terme, rester en bonne santé (rires) Après ce que j’ai vécu, je veux juste continuer à jouer, je suis très très heureux à Rodez en Ligue 2 ». 


Enfin, pour finir cet entretien, si Clément Depres n’était pas footballeur professionnel, que serait-il ? 


« …. très longue hésitation...c’est une bonne question ça… je pense que je serai éducateur sportif. Je travaillerai dans un club ou je tiendrai une équipe en tant qu’entraîneur »

Rédigé par Soane Deltour