Entretien avec Jerome Sillon

Eric Di Meco ( à gauche ) et Jérome Sillon ( à droite )

Originaire de la région des Deux-Sèvres dans la Nouvelle Aquitaine, Jérôme Sillon, commentateur sur RMC Sport, est l’une des voix les plus reconnues pour les amateurs de Première League ou de football européen. Le parrain du FC Boutonnais, club amateur de sa région d’enfance, se livre sur les différentes étapes de sa carrière, sa vision du métier de commentateur, sa façon de commenter ou encore ses meilleurs souvenirs. 


Commentateur de matchs de football au grand écran ou à la radio était pour lui une évidence depuis ses 10 ans. Amoureux de sport et notamment du ballon rond, Jérôme Sillon doit cette passion à son père, ancien joueur et arbitre. Il le suivait tous les dimanches après-midis au stade du coin voir évoluer le club du Clussais,sa commune natale. C’était une habitude hebdomadaire, ils finissaient leurs soirées à regarder les Chamois Niortais, club phare de la région, en Ligue 2. Parti pourtant faire ses gammes journalistiques à l’EPJ de Tours après un bac Économique et Social, Jérome Sillon ne s’est jamais détaché de sa région natale. Il est parrain du FC Boutonnais, club qui est le fruit d’une fusion entre différents clubs locaux et notamment de l’Espérance de Clussais. A cause d’un manque criant de licenciés, de nombreux dirigeants ont décidé de s’allier entre eux il y a une dizaine d’années pour former un seul et même club. Et quoi de mieux que de faire appel à la « star » régionale, Jérôme Sillon pour se faire parrainer. « J’ai tout naturellement accepté car c’était pour moi une grande fierté de pouvoir leur rendre tout ce qu’ils m’ont apporté » nous disait-il. Premièrement, il fait parler du club et les aide à trouver des sponsors à travers sa notoriété. Puis, il emmène son « écharpe du FC Boutonnais partout dans tous les stades d’Europe et d’Angleterre afin de faire parler du club et faire connaître ce petit coin de France ». 

Le maillot du FC Boutonnais poursuit son tour d'Europe...

Afin de devenir journaliste sportif puis commentateur, il a tout d’abord choisi de faire un bac ES, « c’était celui qui me permettait d’avoir le plus de connaissances de l’actualité et d’en être le plus proche, car avant d’être journaliste sportif, il faut être journaliste. Il est donc nécessaire de connaître et d’avoir la capacité de discuter sur tous les ponts de l’actualité. Aujourd’hui, le football est traversé par de grandes questions économiques avec notamment la crise du COVID-19 » dixit Jérôme Sillon. Il tente ensuite plusieurs concours d’entrée en école de journalisme qui n'aboutissent pas et l'obligent à aller s’endurcir à la FAC, à travers une licence d’histoire. « Je ne garde que des bons souvenirs car c’était la première fois que je quittais le cocon familial, il fallait que je m’organise pour me faire à manger et laver mes vêtements par exemple. Ce sont des choses toutes bêtes mais qui te permettent de gagner très vite en maturité et en autonomie ». Après avoir passé une année à lire un journal d’actualité global et l'Equipe tous les jours, il finit par décrocher un billet d’entrée à l’École Publique de Journalisme de Tours pour y faire une licence. Pendant ces 3 années, il enchaîne des piges à « la Nouvelle République », un CDD à Nice Matin aux services des sports puis les premières piges à RMC. A l’été 2003, il finit par obtenir un contrat de fin d’étude aux services des sports de cette même entreprise avec les premiers matchs à commenter. 


Les méthodes que l'on utilise pour entrer dans une telle enseigne qu'est RMC ( 2ème plus grande radio de France avec près de 18 000 000 d’auditeurs / jour selon ACPM ) sont souvent de très belles histoires à raconter. Celle de Jérôme Sillon l’est tout autant. Courant l’année 2000, Alain Weill, déjà directeur général de NJR Group, décide de se lancer dans une carrière d’entrepreneur. Il commence par racheter RMC avant de jeter son dévolu deux ans après sur BFM Business pour ensuite créer BFMTV. Dans une situation parallèle, le jeune deux-sévriens qui suivait son cursus à l’école de journalisme de Tours , était passionné par le projet qu’était en train de monter Alain Weill. Ce dernier consistait à tout d’abord développer la radio sudiste qu’était RMC dans toute la France en installant le bureau de l’entreprise à Paris. Une fois fait, il a placé le sport au centre des débats avec un seul mot d’ordre, parler de sport 24h sur 24 et 7 jours sur 7. Cette décision était révolutionnaire car il n’y avait à ce moment-là, seulement Europe Sport quelques soirs en semaine. « Au printemps 2002, j’ai donc eu la chance de faire un stage à France Football. Par la suite, j’ai réussi à avoir des accréditations en tribune de presse pour moi et mon collègue pour aller voir un match France / Écosse au stade de France ( 5-0 ). Mon objectif, outre de voir le match, était de pouvoir m’entretenir avec François Pesenti, ancien directeur général de RMC Sport et surtout qui était le directeur des sports à l’époque. Je me suis appuyé sur un journaliste célèbre : Pierre Ménès, que lui je connaissais déjà et qui lui m’a présenté à François Pesenti. Je me suis donc entretenu avec lui à la mi-temps du match en lui demandant de venir faire des piges et voila comment notre histoire a commencé ».

Jerome Rothen ( à gauche ) et Jerome Sillon ( à droite )

De là, Jérôme Sillon va voir sa carrière professionnelle prendre son envol. Débutant l’été 2003 à RMC en tant que journaliste sportif à travers des piges qui deviendront de plus en plus fréquentes, il réussit à réaliser le métier qu’il imaginait faire dès son enfance, commentateur. Ce métier se définit de plusieurs façons puisqu’il en existe deux sortes : le commentateur radio et le commentateur télé. « Tout d’abord, je ferais une vraie différence entre ces deux derniers. A la radio, on joue plutôt le rôle de descripteurs. C’est-à-dire qu’on fait en sorte que l’auditeur s’imagine parfaitement l’action en étant le plus précis possible sur le descriptif, où se situe le ballon et les joueurs. Il faut également veiller à garder l’auditeur en haleine et attentif à notre commentaire en faisant un peu d’emphase. A la télé, c’est différent. Premièrement, il y a le support de l’image pour le téléspectateur. En lui précisant des informations qu’il n’a pas, on doit donc l’accompagner pour lui bonifier le plus possible le moment qu’il passe devant la télé. On essaye notamment de rendre spécial le commentaire d’un but. Chez RMC, on a banni de notre vocabulaire les termes comme ouverture du score, égalisation, ce genre de pensif qu’on entend tout le temps. On essaye de commenter chaque but de façon unique car un but est toujours unique. Il peut être l’histoire d’un club, d’une saison, d’un joueur ou d’un match.Concernant les statistiques, celles qu’on distille sont le plus intelligibles possible et sont très souvent expliquées ou illustrées par le consultant à côté de moi. Après, il faut trouver un juste milieu pour pas que le téléspectateur n’en fasse une overdose. Enfin, le temps de parole n’est pas le même qu’à la radio. Nous on a la chance de commenter la Première League avec des ambiances de folies donc souvent je me tais pour écouter les supporters chanter car ils ont une imagination débordante et sans limite ».


Savoir distiller la dose suffisante de statistiques à son micro est un talent mais pour les avoir, un long travail est nécessaire plusieurs jours avant le match pour être le plus complet possible à l’antenne. « Tout d’abord, je fais une large revue de presse quotidienne anglaise pour la Première League avant de faire un tour sur les comptes Twitter français des plus gros clubs anglais. En supplément, il m’arrive parfois de lire la presse française. Ensuite, en fonction du match, l’UEFA ou la Première League nous fournissent un stats-pack. Avec ce dernier, on a accès à une base de données monumentale avec des stats sur chaque joueur, club et une anecdote à chaque fois. On a également les dynamiques des clubs et cela représente des pages et des pages d’informations incroyables. Mon rôle est donc de choisir les informations les plus importantes et qui vont le plus enrichir mon commentaire. Le jour de match, je refais ma revue de presse du jour avant de passer quelques appels si j’ai des contacts dans les clubs concernés. Ensuite, je remplis mon carnet de bord. Premièrement, je divise la page de gauche en deux, en haut l’équipe qui reçoit et en bas celle qui se déplace. Je les remplis en y renseignant les dynamiques, les séries en cours, les actualités du moment, les meilleurs buteurs et passeurs ou encore les absents. Sur la page de droite, j’écris la composition d’équipe avec sous chaque joueur pleins d’informations comme l'âge, son nombre de sélection, sa nationalité, son nombre de buts marqués, de passes décisives ou encore des anecdotes. Tout ce travail me prend plusieurs heures voir jours. »

Eric Roy ( à gauche ) et Jerome Sillon ( à droite )

Outre les statistiques, il y a également la prise en compte du consultant et du journaliste terrain, quand il y en a un, qui est primordiale pour être le plus audible à l’antenne. En ce qui concerne le polyglotte ( anglais, allemand, espagnol et portugais ) de RMC, la situation n’est pas la même en fonction du type de match. En effet, dans le championnat anglais, ils sont seulement deux, le commentateur et le consultant. En revanche, lors des matchs de coupes d’Europe, que ce soit la Ligue des Champions, la Ligue Europa ou la Conférence Ligue, il y a un journaliste bord terrain qui vient compléter le trio. Il permet d’apporter des précisions détaillées sur l’ambiance et l’intensité sur le terrain que le commentateur et le consultant ne peuvent pas voir du haut de leur poste. « L’entente entre nous tous est une gymnastique à apprendre. J’ai commenté au moins plusieurs matchs avec chaque consultant avec qui j’ai eu la chance de travailler donc ils savent comment ça fonctionne. Ils sont tous différents donc c’est en quelque sorte à moi de m’adapter. Il y a des consultants beaucoup plus interventionnistes. Quand je commente avec Eric Di Meco, il est tellement passionné que lors des buts il s’enflamme. Donc pour éviter de s’emmêler, je sais qu’il va tellement s’enflammer que je m’apprête à m’arrêter en cas de besoin et à reprendre quand il aura fini. Alors que quelqu’un comme Jérome Rothen, il intervient qu’à la fin du commentaire sur les buts par exemple. C’est un ajustement et des habitudes à prendre qui nécessite de passer du temps ensemble pour que la complicité se noue »



Pour finir cette interview, nous avons choisi quelques questions qui vont vous permettre à vous, lecteurs, de connaître plus en détails Jérôme Sillon. Ayant eu la chance de commenter avec beaucoup de consultants comme Jérome Rothen, Nicolas Douchez, Eric Di Meco ou encore Emmanuel Petit, avec lequel préférez-vous travailler ? « Je les aime tous. Après j’ai noué une relation un peu plus particulière avec Eric Di Méco car on se connaît depuis plus longtemps. Le courant est très vite et bien passé, ça a facilité les choses. Donc voilà, j’adore commenter avec Eric et j’ai adoré commenter le PSG avec Jérome. C’est avec eux que j’ai le plus commenté donc le plus d’affinité ».


Quel est le stade anglais qui vous a fait la meilleure impression ?


« Si je devais choisir la meilleure ambiance, je dirais Anfield. Tout d’abord, le You’ll Never walk alone, qui me donne la chair de poule à chaque fois. Puis, c’est un stade qui est capable de renverser n’importe quelle rencontre, notamment en Ligue des Champions. Ensuite, en termes d’architecture, le plus beau d’Angleterre si ce n’est le plus beau d’Europe, c’est le Tottenham Hotspurs Stadium. C’est un bijou de technologie qui est d’une incroyable beauté. Après, ce que j’aime moi aussi, ce sont les stades qui transpirent l’histoire. Au Goodison Park d'Everton ou au Stamford Bridge de Chelsea, il y a encore ces murs en pierres. Puis à Everton, il y a encore des tribunes en bois, ça respire l’histoire, ça sent la sueur, ça sent la bière et c’est quelque chose que j’adore. Chaque stade à sa particularité. J’aime également aller à Watford, au Vicarage Road, qui est au détour d’une rue. Tu marches et tu tombes dessus d’un coup. Il y a aussi les paroles d’une chanson d’Elton John sur les murs, qui est l’ancien propriétaire du club qui te mettent directement dans l’ambiance. »



Pouvez-vous nous raconter une anecdote marquante durant votre carrière professionnelle ?


"…. longue hésitation…Je me souviens de l’Euro 2016 avoir fait une interview avec Carlos Valderrama, au même moment de la mort de Louis Nicollin. Il était juste au-dessus de moi en tribune de presse pour la télévision colombienne. On avait fait une interview après le match et il était tombé en pleurs quand on lui avait appris le décès d’un des plus grands présidents français. Je peux également te raconter le fait que je me suis fait voler tout mon matériel de reportage lors de la Coupe du Monde 2014 à l’aéroport de Sao Paulo.Puis, les retrouvailles inattendues entre Eric Di Meco et Chris Waddle dans le salon presse de Old Trafford lors d’un match de Man U. c’était pas mal. Eric qui tombe dans les bras de Chris, qu’il surnomme « Genius » et ils essaient de dialoguer alors qu’Eric baragouine seulement de l’anglais c’était hilarant. C’était incroyable car d’une part j’étais fan petit de Chris Waddle, mais d’une autre part de voir toute l’admiration de Eric envers Chris et ça, c’était émouvant ".


Enfin, le mot de la fin, si Jérome Sillon n’était pas commentateur sportif, que serait-il ?


"Rires… Peut-être patron d’un bar à vin. C’est ma deuxième passion après le foot donc voilà peut-être après en reconversion."

Rédigé par Soane Deltour