Entretien avec Saber Desfarges

Alors qu'il a signé chez Amazon Prime courant l’été dernier, Saber Desfarges est l’étoile montante du journalisme sportif. Passé notamment par RMC ou encore Téléfoot - l’ancien diffuseur des championnats professionnels domestiques français - , le natif de Clermont-Ferrand a accepté de répondre à nos questions.


En pleine préparation du Lille / Monaco de vendredi soir pour le compte de la 35e journée de Ligue 1 ( 0-2 ) , Saber Desfarges et le football partagent une grande histoire d’amour qui ne date pas d’hier. « Les premiers souvenirs du gamin que j’ai été me renvoient sur le terrain de foot, en face de l’appartement familial, sur lequel j’ai joué des heures et des heures avec les copains du quartier » nous a-t-il confié. Alors oui, vous pourriez dire que la plus grande majorité des enfants ont joué au football – le sport le plus universel qui compte le plus de licenciés au monde – durant leur enfance, mais ces deux-là, même après 20 ans, ne se quittent plus. Le hasard ou le destin, peut-importe, est qu’aujourd’hui, « de la fenêtre de mon domicile actuel, j’ai vue sur… un terrain de foot », comme dans la maison dans laquelle il a grandi. Sacrée coïncidence… 

Depuis, il a décidé de vivre de sa passion. Ayant suivi une licence de management avant de s’orienter vers une école de journalisme, il a conlu ses études par une ultime formation de perfectionnement auprès de l’Institut National de l’Audiovisuel. Tout ce parcours lui a permis de connaître une première expérience professionnelle atypique, chez BFM. « Mon aventure y a débuté le jour de mon anniversaire, le 1er octobre 2013, en stage au pôle web. J’avais vu passer un tweet sur le compte officiel de la chaîne qui offrait un stage de 3 mois. Un tweet relayé des centaines de fois… j’ai envoyé un CV sans trop y croire » disait-il. Son profil a finalement été retenu et il n’a plus quitté le bureau du directeur pendant un bon bout de temps. « J’étais loin d’imaginer accomplir 8 belles années au sein de ce groupe, du web à BFMTV, en passant par RMC et RMC Sport » se réjouissait-il. Il était encore plus loin de prétendre y vivre l’un des plus beaux moments de sa vie. Les JO de Rio 2016. « La ville, sa magie, sa beauté, la dernière olympiade d’Usain Bolt. J’ai fait de l’athlétisme plus jeune. Voir et interviewer une légende de ce sport restera un moment à part » se rappelait-il. Alors qu'il a eu le privilège d’avoir des personnalités comme Ronaldinho à son micro, c’est l’entretien avec le jamaïcain qui l’a le plus marqué. « Pour ses dernières olympiades, il a tout raflé d’une facilité déconcertante. J’ai eu la chance de l’avoir 3 fois à mon micro, seul. Un charisme, une présence et un sourire sans équivalent. Adorable ( et professionnel ) comme pas deux malgré les très nombreuses sollicitations médiatiques ».

Après cette aventure riche en expérience et émotion du côté d’une des filiales du groupe Altice, Saber Desfarges s'est recentré sur le football et notre championnat bien aimé, la Ligue 1. Il a débuté tout d’abord sur Téléfoot, annexe de Mediapro. Un trip d’une année avant que cette dernière ne délaisse les clubs français sans payer la totalité des droits TV, les mettant dans une crise financière presque fatale pour certains. Cette expérience lui a tout de même permis de tisser les premiers liens avec le football français avant de finir par se familiariser avec lui en signant chez Amazon Prime, nouveau diffuseur de la Ligue 1. Entre temps, il est intervenu dans l’émission « 100 % Euro » à travers une chronique sur les Bleus. Il les a suivi tout le long de l’édition 2020 - qui a eu lieu en 2021 après un report dû au COVID-19 - jusqu’à Bucarest, et leur élimination en huitième de finale contre la Suisse. Triste souvenir pour tout français…

Pourtant, c’est avec eux que Saber Desfarges a vécu l’un de ses meilleurs moments dans sa vie de journaliste. C’est peut-être « parce que les Bleus vont au bout dans un contexte particulier. Le camp de base était au milieu de nulle part à Istra, à une centaine de km de Moscou. Comme les joueurs, nous étions dans une bulle, coupés de la France et de son actu. Autour du terrain d’entraînement à Glebovets, peu d’émulation, les Russes du coin ne montraient pas une excitation particulière de savoir que l’Équipe de France s’entraînait tout près. Ce qui renforçait ce sentiment. » analysait-il. C’est même un joueur qui a du lui montrer les scènes de liesse du peuple français après leur qualification en demi-finale. « J’ai réalisé à ce moment-là que je vivais un moment unique, profitant de chaque instant jusqu’à la victoire finale des Bleus face à la Croatie. J’ai pu savourer ce moment qui restera magique : voir les Bleus sacrés champions du monde au cours de sa carrière, c’est une chance unique ! ». Surtout que la France n’avait remporté « qu’une » seule fois la Coupe du Monde, en 1998… 

Le 12 août 2021, « un nouveau chapitre s’ouvre pour le journaliste Saber Desfarges » comme était titré le journal La Montagne, le lendemain de son arrivée chez Prime Vidéo. Il y a découvert un nouveau visage du métier de présentateur. « La notion de direct prend tout son sens, en étant au plus près de la pelouse et de ses acteurs. C’est passionnant et excitant de bosser chaque week-end sans filet ou presque, en s’appuyant sur un scénario qui se dessine sous nos yeux et qu’il est difficile d’anticiper. C’est totalement différent d’un boulot de présentateur en studio – comme il a pu faire chez BFMTV ou Téléfoot notamment -, moins confort mais tellement plus kiffant » nous disait-il.

Aujourd’hui, il sillonne les différentes pelouse de la Ligue 1, du stade Francis Le Blé à Brest à la Maineau de Strasbourg en passant par le stade Gabriel Montpied du Clermont Foot, club qu’il apprécie particulièrement. Les multiples accolades avec les joueurs auvergnats lorsqu’ils l’aperçoit en bord terrain pourrait vous faire croire que c’est un ancien joueur du club, comme le consultant Vitorino Hilton avec les joueurs du MHSC, mais pas du tout. « Clermont, c’est mon club de cœur et d’enfance. J’ai grandi dans la région, c’est le premier stade où je suis allé, le premier club professionnel que j’ai observé… Gamins, j’ai également participé au fameux challenge Wanadoo à la mi-temps des matchs. Mes parents sont abonnés à Gabriel-Montpied… les attaches y sont fortes avec toutes les composantes du club, du chauffeur aux joueurs » se remémorait-il. Pourtant, la tant attendue anecdote que les lecteurs du PJ attendent à chaque interviews ne sera pas en rapport avec le CF 38, mais bien un club de Ligue 1.

Saber Desfarges, l'anecdote

« C’était le dernier soir d’un stage à l’étranger. Je suivais le PSG avant la reprise de la saison. Le club et les suiveurs devaient quitter le pays en question le lendemain. Je voulais profiter de ma dernière soirée sur place pour boire un verre et manger un bout, mais aucun de mes collègues ne souhaitaient me suivre, exténués. J’ai décidé de partir seul et je me suis retrouvé, sans le savoir… dans le même bar/ restaurant choisi par le staff et les joueurs du PSG. Un endroit privatisé pour l’occasion, mais le club m’a permis de rester auprès de ses membres ». Le fameux verre pour la route peut juste devenir symbolique quand tu as la possibilité de parler football avec des joueurs vainqueurs de la Ligue des Champions ( certains plusieurs fois ) à l’abri de tous les regards, comme le natif d’Auvergne.


Enfin, le mot de la fin, si Saber Desfarges n’était pas journaliste, que serait-il ?


« Rien d’autre ! J’ai toujours souhaité faire ce métier, je n’ai jamais envisagé une autre piste en cas d’échec. C’était ( très voir trop ) ambitieux quand j’y repense… ! ».

Rédigé par Soane Deltour